Pas facile de commencer une interview d’un groupe qui a commencé à jouer alors qu’à cette époque j’écoutais nirvana et je jouais encore au Lego (euh, merde je fais encore ces 2 choses là …), pas facile de mettre des mots sur un état d’esprit qui est né dans le rejet des religions et qui a engendré un courant musical unique, pas facile enfin de ne pas sombrer dans le mode « c’était mieux avant » que je vais ma foi, par moment, utiliser. C’était un peu l’idée de départ pour réaliser cette interview de Chris du groupe Gorgon (celui de 1991, pas l’autre …)

Alors Chris, il va falloir repartir dans le passé, se replonger dans le début des années 90 pour nous expliquer la genèse de Gorgon. Comment, alors que la mode est au Thrash et au Death, as-tu plongé dans un style aussi extrême que le Black Metal ?

J’ai découvert le black par Venom qui un soir avait eut l’honneur d’apparaitre dans une émission anglaise de Metal que l’on captait ici dans le Sud et qui était diffusé par TMC, la chaine monégasque qui émet localement. Sauf erreur il s’agissait du titre « Bloodlust ». J’avais bien aimé et, alors au collège, un gars de ma classe m’avait prêté leur album « Calm before the storm » qu’il possédait en cassette. Par la suite je me suis mis à découvrir leur discographie antérieure et les groupes évoluant dans leur créneau (Bathory, Bulldozer, Celtic Frost, Sarcofago, Hellhammer…). J’achetais parfois des disques uniquement en me basant sur la pochette du moment qu’il y avait un aspect occulte, satanique. J’ai parfois eu des surprises avec par exemple le 1er Deicide ou le 1er Dark Throne achetés dès leur sortie, qui était du death mais sans pouvoir écouter avant, je ne pouvais savoir. Aussi quand je me suis mis à jouer de la guitare en 1989 ou 1990, c’est vers le black que je me suis tourné naturellement car c’est ce que je voulais faire. Par la suite j’ai aidé quelques fanzines en faisant des interviews de Beherit, Burzum, Impaled Nazarene, ….. et j’ai organisé un concert dans la ville de Cannes début 1991 avec Samaël (avant qu’ils ne sortent leur 1er album) et Shud (Thrash-death d’Avignon). Ce soir-là j’ai rencontré Patricia (ex-batteuse de Witches) qui quelques mois plus tard a répondu une annonce que j’avais posé chez un disquaire local. On a fait un essai en duo dans le local où elle répétait et comme elle connaissait une bassiste, elle l’a invité à nous rejoindre par la suite et ainsi le line-up original du groupe s’est formé.

1er concert / 1992

A cette époque, Gorgon n’hésite pas à utiliser des claviers (ce qui à l’époque ne pose de problème à personne, ce n’est que plus tard qu’on reprochera à des groupes d’utiliser cet instrument), qui permettent de créer des ambiances uniques, pourquoi ne les retrouve t-on pas sur ce nouvel album ?

Je n’en ai pas vu l’utilité aussi comme j’estime que cet instrument doit être au service des morceaux et non un instrument « obligatoire », aucun titre n’en bénéficie. Il y a bien des chœurs sur un passage mais cela a été fait autrement, pas au moyen d’un clavier. Ce n’est pas un rejet de l’instrument, il y en aura peut-être sur un futur album, mais sur les compositions du dernier ce n’est pas le cas c’est vrai.

Donc 1991, c’est la naissance d’Emperor, d’Osmose productions, le mouvement Black Metal n’en est qu’à ses balbutiements et toi, tu créées finalement le premier groupe de Black Metal français. Comment réagissent les autres musiciens avec qui tu gravitais à cette période ?

Je connaissais très peu de personnes à l’époque, la plupart des musiciens des groupes locaux étaient sur Nice, moi sur Antibes j’étais dans mon coin. Patricia fréquentait Alex d’Agressor qui était également de ma localité mais on ne se voyait pas pour autant. La bassiste fréquentait un gars qui était chanteur dans un groupe de thrash et vivait avec lui à prés d’une heure d’ici, aussi là c’est pareil, je n’y mettais pas les pieds. En résumé, c’était le thrash plus que le death qui dominait par ici et on n’évoluait pas dans le même monde même si il n’y avait pas de barrières particulières.

Toulon / 1995

La scène Black Française s’est finalement développée quelques années après, presque exclusivement dans le sud (hormis un groupe comme Antaeus sur Paris) ou tout du moins en province avec des labels comme Drakkar, Adipocere, …mais finalement tu n’as jamais été trop proche d’un Mutiilation ou d’un Blessed in Sin ? Peux tu nous parler des relations que tu avais avec la scène de l’époque ?

Sur Paris Osculum Infame étaient parmi les précurseurs et on a correspondu un bon moment tout comme avec Erebe qui était vers la capitale il me semble. Pour moi Antaeus est arrivé bien plus tard vers la fin des années 90 avec leur première demo même si ils ont peut-être été formé avant. Mutiilation de Montpellier était après nous le 2e groupe black français que je connaissais puis Maleficum Orgia de Marseille a suivi peu après. J’ai bien correspondu avec Willy puis cela s’est arrêté sans animosité, avec le temps c’est tout. Sinon il est vrai que dans le Sud d’autres formations sont apparues comme Blessed in sin sur Toulon, Necromantic sur Nice… Mes relations étaient bonnes selon moi avec la scène international que ce soit avec les zines ou les groupes avec qui j’ai écrit un bout de temps comme Necromantia, Zemial, Samaël, Impaled Nazarene, Bestial Summoning, Archgoat, Funeral Winds, Ungod….ou plus épisodiquement comme In The Woods ou Cradle Of Filth qui m’avait contacté pour échanger nos demos. En France c’est vrai j’avais moins de contacts avec les groupes, hormis ceux cités au-dessus même si il m’arrivait de voir les gars de BIS par exemple lors de concerts généralement organisés par Decibels Storm sur Marseille ou La Seyne. Niveau distributeurs oui Osmose, Drakkar, Adipocere et même Holy Records ont contribué à répandre le black, certains en signant des artistes, d’autres en les ayant sur leurs listes. Il y avait aussi d’autres distributeurs beaucoup plus modestes, mais tout aussi méritant au vu de leurs moyens, mais que l’Histoire n’a pas retenu, en vrac Impure Creations Records, Sonic Wall, Black Circle distribution, Black and Dark Mansion, Between Death and Life…. Il ne faut pas non plus oublier les radios et les mecs qui faisaient des compils cassettes ou des zines, nos relations, généralement éphémères, se sont toujours bien passées.

Tu as raison pour Osculum Infame que j’avais bien zappé. Et pour les activistes dont tu parles, que l’histoire n’a pas retenu, je peux te dire que Greg du Black Circle, Lord Puke et sa compil Morbid Tunes ont eu un influence sur ce que je me mettais dans les oreilles !

De 1995 à 2000 tu as sorti 4 albums, un rythme vraiment soutenu pour un projet presque solo (car tu composes tout si je ne dis pas de bétise) et après 2000, plus rien. Les problèmes de musiciens sont l’une des raisons, mais je pense que ce n’est pas la seule, peux-tu nous éclairer.

 En fait non, le 2e guitariste du groupe a apporté de nombreuses idées sur le 2e et 3e album qui sans sa présence ne seraient pas du tout pareil. Sur « The Jackal Pact », le 3e donc, il n’y a que 2 morceaux uniquement de moi, 10 écris avec sa collaboration et 1 intégral par lui, ce qui est une bonne contribution de sa part. Néanmoins, oui le 1er et 4e album sont uniquement de mon fait. Après ce dernier album effectivement, on a eu un nouveau batteur (et nouveau local) et cela n’a pas fonctionné avec une séparation en janvier 2002. La lassitude s‘est installée, devoir rechercher des musiciens, repartir à zéro, aussi le groupe a été mis en stand-by sans pour autant splitter. Par la suite j’ai déménagé en Bretagne pendant plusieurs années et même si j’ai continué à aller aux concerts, ou bien participé à l’élaboration du split CD avec O.T.A.L., l’idée de relancer la machine ne se faisait pas jour. Il aura fallu attendre fin 2017 pour que cela se concrétise.

avec Count Nosferatu / 1997

2000, c’est mon arrivée dans la scène Black Metal Française, premier groupe, fanzine papier et tape trading, pour moi c’est une révélation ! je ne connaissais que les groupes norvégiens et ne juraient que par eux et je découvre qu’il existe une scène « B », qui regorge de groupes au style tous différents de Epic à Godkiller, de Bael à Count Nosferatu. C’est une véritable plongée dans l’extrême, une addiction est née. Et comme tu le cites dans une interview, le leader d’O.T.A.L disait « on ne faisait pas du Black, on était le Black », c’est exactement ce que je ressentais à l’époque, quitte à parfois dépasser les limites car l’extrême appelle souvent le sang, la souffrance et la mort. Te retrouves tu dans ces mots ?

Oui tout à fait, j’aime bien ta trilogie finale même si le terme addiction cité plus haut a bien aussi sa place. Le black metal dans les années 90, outre la manière de vivre et de penser, c’était aussi des actes.

Et après des années de silence, Gorgon revient petit à petit, avec des rééditions, un split avec O.T.A.L pour arriver à 2019 et  ce nouvel album. Comment après tant d’année se remet on à l’écriture d’un album sans perdre cette foi que tu avais à tes débuts ?

Les rééditions dont tu parles ont joué un rôle majeur car elles ont engendré de l’enthousiasme de la part de personnes qui m’ont contacté alors que l’idée de remettre le couvert trottinait déjà dans ma tête. En juillet 2017 j’ai revu, lors d’un concert d’Absu, le batteur présent sur les 3 premiers albums et il m’a dit qu’il comptait se remettre à la batterie dans quelques mois. J’ai pris ses coordonnées et je l’ai contacté dès le lendemain mais à ce jour, je n’ai jamais reçu de réponse, ni revu à aucun concert, aussi la belle option initiale de repartir avec lui sous peu n’a pas pu voir le jour. Du temps s’est écoulé et fin 2017 j’ai décidé de faire un mini CD 5 titres par facilité. Moins de titres à écrire, si j’en étais encore capable, moins de titres à répéter avec un batteur dont je me doutais qu’il serait du coup de session et moins de temps à passer en studio sur le plan financier. J’en ai parlé au boss de Goetie Exhumation qui nous a toujours soutenu et j’ai reçu quelques propositions par la suite dont la principale me demandait, sans aucune surprise, un album plutôt qu’un 5 titres, qui se vends moins bien pour un coût de pressage similaire. Finalement Osmose m’a aussi fait une proposition dont j’ai accepté les clauses et la signature du contrat a suivi.

Au sujet de la foi que tu mentionnes, ça a été un élément crucial aussi qui me retenait, étais-je capable de pondre des choses suffisamment intéressantes pour les sortir sous le nom Gorgon ou alors mes nouvelles compos seraient-elles hors-sujet et ne justifiait pas un retour du groupe ? Une fois l’idée validé, un autre élément important est aussi apparu : le fait que j’ai réservé le studio d’enregistrement en décembre 2017 pour une entrée le 1er juin 2018. J’avais moins de 6 mois pour pondre 11 nouveaux titres (comme tous les albums du groupe) et laisser ainsi le temps au batteur de travailler ses parties de son côté, m’étant décidé à faire les guitares et la basse tout seul. Aussi j’ai vraiment beaucoup joué durant ce court laps de temps, partant d’une feuille blanche, pour trouver des parties que je validais et conservais pour mettre en place de nouveaux titres et petit a petit les idées sont arrivées. En parallèle j’écrivais les textes que je voulais dans l’esprit du black tel que je le conçois. J’ai pensé aussi un moment donné à reprendre un ancien morceau de manière à m’ôter la composition d’un nouveau titre mais j’ai préféré faire appel à Hreidmarr en lui demandant de me créer l’intro de l’album, me retirant ainsi une piste à écrire tout en ayant le plaisir de l’avoir sur le disque. Il s’est fait aider par Jon (BMH) et m’ont fourni une introduction à cet album telle que je la voulais mais telle que je ne l’aurais jamais conçu, aussi la surprise fut à la hauteur. Dernier élément enfin, la voix. Serait-elle telle que je la voulais ? Il aurait été facile de la trafiquer en studio ou de dire que ma voix avait changé au fil du temps et que je ne pouvais en 2018 avoir un timbre de voix comme je l’avais dans les années 90, surtout que j’avais arrêté le chant black depuis la mise en silence du groupe. Même chose du coup, je l’ai travaillé quand je pouvais durant ces quelques mois, et au final elle a répondu présente pour l’enregistrement.

avec Opera IX / 1994

Pendant ces années d’éloignement, la scène a largement évolué, passant d’une période de true Black à un Black souvent technique, très éloigné parfois des origines, intégrant toute sorte d’influence. Une évolution quasi commerciale du style a eu lieu sans qu’on puisse stopper la machine, même si en France aucun groupe n’a vécu de sa musique. Que penses-tu de ce glissement commercial ?

Sans être consterné pour autant, disons qu’il y a « des choses » qui me dérangent. Post Black, Black Atmosphérique, Depressive Black metal,…..qu’est-ce que c’est que tout ca ? On fait du black ou en fait pas. Bon d’accord certain ferait mieux de ne pas en faire, mais à quoi servent toutes ces appellations ? Un groupe qui fait du thrash n’utilise pas d’ajout à son style pour exister. Sodom est différent de Tankard qui est différent de Slayer et il n’y a pas de problème. Tout en étant dans le même style chacun fait son truc. Marduk est différent de Beherit et aucun des deux ne ressemblent à Ophtalamia ou Necromantia mais tous font du black sans avoir à ajouter de terme pour se faire remarquer ou pour suivre une tendance. Le fait que certains groupes soient plus technique que d’autre dans leurs compos, c’est un choix, cela ne me dérange pas si ce n’est pas un concours de technicité au final. C’est même normal, certains musiciens étant meilleurs que d’autres, on peut comprendre qu’ils désirent apporter des parties plus complexes dans leur musique. Dans les années 90 cet aspect technique ne comptait pas, seule la pureté du style était importante, l’intégrité primait.

L’aspect commercial enfin c’est encore autre chose. Il m’arrive de chercher de nouveaux groupes que je ne connais pas sur internet de manière à soutenir de nouveaux artistes et à augmenter mes connaissances, je laisse une chance à toute le monde sans arrière-pensée de nationalité ou de popularité. Il y a peu, je tombe sur un groupe qui n’a encore rien sorti mais dont la page internet était ornée de photos des membres maquillées la nuit et tout ce qui va avec. Bien sûr photos traditionnelles vu 10000 fois sans aucune originalité. Ca pour moi c’est l’aspect commercial, il faut le paraitre avant le contenu. Peut-être que leur musique sera bonne à mes oreilles, mais bon, commencer par faire de la musique est quand même la base si l’on prétend être dans un groupe. Cette primauté de l’image a tué « le truc ». Tu trouveras plein de belles pochettes de disques, plein de photos de gars ultra maquillés et cloutés mais derrière tout ca quand tu jettes un oreille, c’est du entendu des centaines de fois. Ca fait vendre ces beaux visuels mais c’est tout. Tu as une belle villa sur un ile, elle a de la valeur. Tu as 20 villas autour ensuite qui arrivent, la villa initiale perds un peu de sa valeur car il y a la concurrence mais l’ensemble est bien beau quand même, varié. Après tu as des immeubles qui se construisent par dizaine et qui trouvent preneur puis ensuite la périphérie avec ses bas-fonds. C’est ca le black, il y a eut de belles choses et puis des dizaines, des centaines d’autres et la qualité s’est dégradée, la pureté initiale a quasiment disparue et quand tu as une belle villa qui essaie d’émerger elle est noyée dans la masse.

Cette interview en mode c’était mieux avant touche à sa fin, on a bien remonté le temps et il faut maintenant penser à l’avenir, quels sont tes espérances pour ce style et pour la carrière de Gorgon ?

Le style en soit va perdurer avec des formations « classiques » tout à fait honorables et surement encore plus de prétendus groupes hybrides qui vont ressayés de s’approprier ce qui leur plait dans le black tout en rejetant certains critères et vont pondre des oeuvres batardes. Je ne prône pas un style figé qui n’évolue pas, le style est suffisamment vaste pour que tout le monde s’exprime selon son esprit créatif mais il doit avoir néanmoins des éléments essentiels et des limites qui, hors de ce cadre, le dénature et font que ce n’est plus du black. En ce qui concerne le groupe, dans l’immédiat Osmose Productions va ressortir nos deux premiers albums en CD et vinyle plus notre unique demo, elle uniquement en CD. L’ensemble a été remasterisé et possède un nouvel artwork dans l’esprit de celui d’origine. Par la suite il semble que l’on va essayer de se produire en concerts dans quelques mois, on est pas encore prêt mais un line-up pour la configuration « live » est en train de se mettre en place. La composition de nouveaux titres a aussi débuté, aussi un nouvel enregistrement devrait succéder à « The Veil Of Darkness », ce qui est bien motivant pour moi.

Ca ne te fait pas chier qu’un groupe est pris le nom de Gorgon en France pendant ton « absence » ?

Quand en 1995 un groupe japonais s’est fait appelé Gorgon, sans la possibilité de savoir que l’on existait depuis quelques années, il faut remettre dans le contexte, internet n’existant pas, on ne pouvait lui en vouloir. Mais quand en 2015 il me semble, un groupe de notre pays qui évolue dans un style de metal extrême s’approprie un nom de groupe dont ils connaissaient l’existence (info confirmée par un des membres), c’est du n’importe quoi. Selon eux ils ont pris ce nom car on n’existait plus en 2015. Tu vois un groupe américain de metal extrême se nommait Slayer en 2020 sous prétexte que le Slayer actuel que l’on connait n’existe plus ? C’est grotesque. Qu’un groupe de techno ou d’un pays qui n’a pas facilement accès à internet et du coup ne peut se renseigner si le patronyme est déjà pris utilise ce nom, encore ça pourrait passer car on n’évolue pas dans le même créneau ou le manque de connaissance les ferait prendre ce choix, mais un groupe du même pays dans une même « famille » musical qui connait notre existence, non ce n’est pas pardonnable. Il y a plein de groupes qui n’existaient plus en 2015, Les Beatles, The Police, Genesis, il ne viendrait l’idée à personne de reprendre leur nom pour autant. Un peu de créativité quand on fait un tel choix….

Chris / 2018

Et depuis quelques années, on voit les groupes revenir à leur style de départ, des petits nouveaux se replonger dans le Black des anciens et des anciens toujours là comme toi, Antaeus et presque tous les groupes de la même époque (Samaël, Impaled Nazene, …). Comment vois tu l’évolution des groupes que tu soutenais à l’époque ?

C’est vrai que de nombreux groupes avec qui je correspondais sont toujours là, ceux cités plus haut mais aussi Opera IX, Goatpenis, Mortuary Drape, ou même Sepulchral qui officie dans le death…. La plupart n’ont pas changé musicalement mais certains ont pris des voies différentes tel Samaël, Zemial ou Sinoath. Je respecte leur choix même si je ne me retrouve plus dans leur musique. Si l’occasion se présente j’irais les voir en concert, aucun doute la-dessus, de manière à juger live, mais leurs productions récentes ne m’attirent pas. Je ne suis pas réfractaire au changement de style, quand Bathory avait sorti « Hammerheart » cela avait été une surprise mais au final j’avais accroché. Il en est de même avec le « Cold Lake » de Celtic Frost que j’aime bien là où je n’ai pas apprécié leur dernier « Monotheist » ni ce que fait Tryptikon. Même chose pour Bulldozer avec son thrash ou Impaled Nazarene par exemple que j’ai vu plusieurs fois en concert, ce n’est pas l’image que je veux garder d’eux aussi je n’écoute pas leurs productions récentes. Venom c’est pareil. En fait, j’écoute une fois par internet pour leur laisser une chance, mais cela ne va pas au-delà. Le problème vient peut-être aussi de ca, le fait d’écouter du virtuel. Avant je les avais sur un support physique et quand tu avais dépensé 90 francs dans un de leur LP, tu l’écoutais plusieurs fois et souvent tu finissais par l’apprécier. Mais de nombreuses déceptions sont arrivées aussi suite à des achats, je pense à Sarcofago, Katatonia dont le 1er album m’avait vraiment déçu par rapport à leur demo, tout comme Bathory avec « Requiem » ou « Octagon » ce n’était pas terrible non plus. J’aime souvent les premiers enregistrements et après je décroche. J’aime énormément le premier 4 titres de Dark Funeral par exemple mais rien de ce qu’ils ont fait ensuite. Ce n’est pas mauvais, c’est juste que ce n’est pas pour moi.

Nom du groupe

gorgon

Album

the veil of darkness

Label

osmose productions

Date de sortie

2019

LA NOTE
9/10

Il y a des groupes qu’on peut largement qualifier de culte, pour des raisons purement musicales mais aussi pour l’impact qu’ils ont eu sur un style. Et à ce titre, Gorgon a largement atteint ce statut avec une carrière débutée en 1991, oui oui bien avant beaucoup de groupes se revendiquant Black Metal ! A ne pas confondre avec un groupe parisien fondé en 2013, qui aurait quand même pu faire quelques recherches avant de choisir le nom de Gorgon, de là à penser qu’ils l’ont fait volontairement …. Après plusieurs rééditions des démos et albums, Chris, l’unique compositeur, s’est rendu compte que Gorgon avait encore des choses à dire.

On peut s’étonner du nombre d’années (presque 19 ans) entre « The Spectral Voices » et « The Veil of Darkness », même si un split avec O.T.A.L avait permis de découvrir des titres inédits. Pour comprendre ce retour, il faut se plonger dans les interviews récentes (et qu’on va aussi proposer) et ce qui en ressort, c’est que Chris avait encore des choses à dire, surtout sur ce qu’est le Black Metal.

Passons maintenant à la musique : Après une intro réalisée par Hreidmarr (Glaciation), on rentre directement dans ce que Gorgon a toujours su faire, un titre 100 % Black Metal old school. Soutenu par un son énorme, « Still Six Six Six » marque néanmoins une évolution par rapport au dernier album, le style se veut plus Black’n’Roll. On pense tout de suite à Tsjuder ou bien Taake. Et cette comparaison vaudra pour plusieurs titres.

« This is War » a lui aussi ce feeling Black’n’Roll avec un côté Impaled Nazarene un peu plus prononcé, pas de temps mort, les riffs sont tranchants,  heavy.

« Border of the Forest » tourne presque entièrement sur le même riff, une tournure presque hypnotique, que Nehemah utilisait assez souvent.

Gorgon instille de « nouvelles influences » sur « Path of Doom » avec un démarrage très Bathory pour repartir sur Impaled Nazarene pur jus. Je vous le disais, Chris ne nous laisse vraiment pas de repos. Un petit plaisir pour moi d’entendre une batterie hyper carrée qui utilise des rythmiques à l’ancienne, qui ne surjoue pas ces parties !!

Encore une fois, l’influence Tsjuder (même si on peut difficilement dire ça tant le groupe était déjà dans la scène à l’époque où Tsujder n’en était encore qu’à ses balbutiements), est très présente. Il serait intéressant de demander à Chris si ce groupe a été dans les écoutes pendant la création.

Gorgon ayant une aura qu’on ne peut nier, il n’a pas été difficile de convaincre Cadaveria de venir pousser quelques hurlements sur « Posthumous Bewitchment », qui d’ailleurs n’est pas mon titre favori. Il n’apporte pas grand-chose à l’album.

A la différence de « Our Crusade », dont les riffs plus torturés, plus mélodiques aussi qui font penser à des groupes plutôt d’obédience suédoise. Mais il a aussi un côté plus épique rappelant « The Spectral Voices ».

Une fois achevé cet album, on se dit que Chris a bien fait de revenir en proposant un album de Black tel qu’il devrait l’être. Sans fioriture, avec des riffs travaillés mais simples dans leur exécution. « The Veil of Darkness » est un opus pour les passionnés, les nostalgiques de la scène française, celle qui inspirait un certain respect, une certaine peur auprès du public Metal. Je retombe souvent dans le côté «c’était mieux avant» mais cela fait longtemps que je considère que le Black Metal a été perverti, aspiré dans la musique mainstream et vidé de son aura nauséabonde.

Tous les instruments sauf batterie : Chris
1. Son of Perdition 01:06
2. Still Six Six Six 03:09
3. This is War 03:03
4. The Veil of Darkness 04:20
5. Border of the Forest 04:19
6. Path of Doom 04:14
7. The Roots of My Fantasies 04:28
8. Burned for Him 03:56
9. Depraved Conception 04:41
10. Posthumous Bewitchment 03:36
11. Our Crusade 06:06