[INTERVIEW] Depuis le temps qu'on bosse avec elle, il fallait qu'on vous la présente officiellement ! Découvrez Kax, notre sympathique graphiste !

Kax qui es-tu ? étrange première question mais derrière ce pseudo se cache une personne aux multiples talents. Parle nous un peu de toi.

Je m’appelle Claudine, Kax est mon pseudonyme depuis que je suis en âge d’avoir la lèvre supérieure duveteuse. Je suis originaire de Lille, et après avoir passé plus d’une dizaine d’années à la capitale française, j’ai suivi mon conjoint jurassien dans la petite ville de Pontarlier basée en Franche-Comté.
Je suis directrice artistique en communication digitale pour une agence parisienne le jour, et tout le reste de mon temps libre, illustratrice pour la scène metal underground. Cela fait 12 ans que j’ai créé mon entreprise (Kax Arts, auparavant Kax Design), et bien que cela fait assurément grandir les cernes bleuâtres sous mes yeux, je ne changerai mes deux métiers pour rien au monde.

Voilà, maintenant qu’on se connait mieux, qu’est ce qui t’a amené à faire ce métier de graphiste (dessinatrice ?), travail parfois un peu mis de côté dans la réussite de certains groupes ou projets ? Je dis ça car je sais que MIFC ne serait pas là où il en est sans toi ! alors encore merci !!!

J’ai toujours été passionnée d’illustration, étant enfant, je dévorais bandes dessinées et films d’animation et je grattais frénétiquement des créatures étranges au compas sur les tables des cours. C’était un peu mon moyen d’échapper à la réalité, déjà à l’époque. A 15 ans, en arrivant sur Paris, j’ai commencé une formation en apprentissage – un titre homologué d’opérateur en infographie multimédia, pas sûre que cela existe encore maintenant – où j’ai rencontré mon mentor, Kebra. Il m’a boosté et a cru en moi, et je lui dois ma délivrance et ma révélation.
S’il y a bien quelque chose que j’ai retenu de sa bienveillance, c’est d’aider à mon tour ceux qui en ont besoin, ceux que j’aime et que j’estime, ceux (comme toi), dont j’apprécie l’humanité. Je nourris mon art de ces moments de grâce et de talent où l’humain est beau. Je sais que cela contraste totalement avec la plupart de mes dessins aux démones avec d’énormes mamelles nourricières et autres monstres sataniques charpentés comme des bûcherons, mais, mon but c’est d’offrir des bouts de ce qu’il se passe dans les tréfonds de mon cerveau et d’en mettre plein la tronche avec des myriades de détails… Montrer mon monde que jamais personne n’y mettra une goutte de sueur !

Je le répète parfois en interview ou aux personnes qui me demandent, mais tu as débarqué dans notre « vie » le 14 juin 2017 en nous offrant notre logo (enfin pour être franc, on t’a dit qu’on était fauché), qu’est ce qui t’as motivé à faire ce geste ?

Je pourrais passer mon temps à réclamer de l’argent et à vivre en facturant la moindre prestation – attention hein, n’y voyez pas là une critique sur ceux qui le font, la vie est dure et on ne paye pas son loyer en offrant des illustrations – mais la scène metal extrême me ressource, m’aide, m’accompagne depuis tellement d’années maintenant qu’en emménageant en Franche-Comté, mon premier réflexe a été d’aider cette scène là aussi. Même si cela fait des années que je ne suis pas partie en vacances car j’enchaîne mes deux activités professionnelles jusqu’à avoir la peau blanche veinée de bleu, j’arrive à économiser assez pour offrir après un peu de mes gribouillis à diverses associations n’ayant pas forcément le budget pour se payer un graphiste. Sans réduire nos échanges à des transactions commerciales, mais juste remercier les acteurs de la scène en leur donnant un petit bout de moi, un cadeau illustré.

Et dans la foulée tu as travaillé avec pas mal de gens de la région, peux-tu nous en citer quelques-uns et ce que tu as apprécié dans cette collaboration ? Et dans le même ordre d’idées, parles nous un peu des groupes ou associations pour qui tu as travaillé et les projets qui t’ont le plus enthousiasmé ?

Tout d’abord, j’ai travaillé avec Pornodiva, groupe de punk-rock pontissalien dont les membres sont adorables humainement. Avec un nom pareil et ma passion pour griffonner des poitrines abondantes et des harpies flamboyantes, j’ai passé un super moment ! Ensuite, j’ai pu collaborer avec les Dead Ritons, Roraema, Lost Ubikyst in Apeiron, sans oublier les Erkonauts que j’adore (bon d’accord ils sont suisses, mais il me semble que Pontarlier les as adoptés… !), puis grâce à MIFC, nous avons pu collaborer avec la Distillerie Guy et même encore la formidable Guerre du Son. En si ‘peu’ de temps, j’ai pu obtenir la confiance de tellement de talentueux humains, j’en suis vraiment pleine de gratitude.

A titre perso, depuis le début de notre collaboration, c’est vraiment la compilation qui m’a le plus bluffé, comment as-tu abordé ce travail riche en détails ?

Je ne vais pas partir dans un monologue qui fleure l’hygiénisme à la mord-moi le nœud car je suis bien loin d’être saine, mais quand tu es bien entourée et qu’on ne te relègue pas au rôle de « la graphiste qui finira à poser ses cartes de visites sur l’étal du charcutier » mais que l’on croit en toi, en tes capacités professionnelles et que l’on t’encourage pour ça, ton art ne peut qu’être bon. Bien évidemment j’ai ce fameux syndrome de l’artiste qui trouve que tout ce qu’elle produit pourrait être bien meilleur, mais la compilation plaît et les retours sont extrêmement positifs alors j’en suis plus que ravie.

Pour la pochette, j’ai voulu sortir un peu du traditionnel schéma des clichés franc-comtois : oui les vaches et les saucisses c’est rigolo, mais réduire une région aussi riche et belle à cela, c’est tout de même péjoratif. Elle regorge donc de détails moins communs mais diamétralement plus intéressants à mes yeux : une vouivre, un lynx, une église avec une véritable architecture comtoise, des bouts du bois de Doubs, de la Forêt de Chaux ou encore de la Citadelle de Besançon… Tant d’éléments, aussi discrets soient-ils, qui ne sont plus ou moins qu’un hommage à l’ancienne Séquanie.

Pour changer un peu du dessin, que fais Kax pour se détendre, quelles sont tes passions ? Même celle inavouable (ça ne sortira pas d’ici…).

Il y a bien des choses que je pourrais dire mais je risque d’avoir des problèmes, tout en convenances et en rigidités ! (rires)
Donc sans partir vers des discussions graveleuses, déjà, j’aime la moto. Cette région est une pépite pour pratiquer le deux-roues, tous ces paysages me font vaciller l’esprit.
Ensuite, je suis une passionnée d’arthropodes et d’animaux étranges. J’adore adopter des bestioles improbables et leur offrir la meilleure vie possible – mes dernières venues sont des sangsues, nommées Typhon, Apophis et Kaiser. Mes animaux vivent en terrarium dans mon bureau, croyez-moi qu’avec une vingtaine de bestioles, on se sent moins seule pour travailler !
Après, eh bien… Je suis quelqu’un de simple, tu m’offres un peu de ton temps, une bière ou une tisane, un peu de conversation sans platitude mortelle et je suis la personne la plus heureuse du monde. J’utiliserai ensuite nos incongruités scabreuses pour en faire des dessins avec mon trait noir et charbonneux, jusqu’à nos prochains échanges, et ça avec tous les êtres humains qui veulent bien m’accorder leur temps. Ça, c’est ma vraie passion qui me consume les entrailles, échanger et dessiner pour lutter contre la plénitude de l’existence.

Finissons sur les projets et rêves, avec qui vas-tu bosser et avec qui aimerais tu bosser ?

Je suis en train de préparer les prochaines affiches et le merchandising à venir pour le Forest Fest de l’année prochaine. J’ai très hâte, cela sera déjà ma 5ème collaboration avec la Horde Sequane.
Autrement, j’aimerai beaucoup faire quelque chose de fou et que j’ai bien trop peu pratiqué : dessiner pour moi ! Ce n’est même pas tant de l’égoïsme, ni même du narcissisme, c’est que quoi que l’on fasse, on ne part jamais que de soi.

Encore merci pour tout le travail que tu as fait pour nous et bon rétablissement pour ton genou !

Merci à toi, merci à MIFC, merci pour tout ce que vous faites et surtout pour ce que vous êtes. La région a de la chance de vous avoir !