On s’éloigne fortement de la région, mais ça fait un petit moment que je surveille ces petits (euh grand … ils sont rugbymen je voudrais pas me faire aplatir) Gascons ! Avec la sortie du nouvel album, j’ai enfin l’occasion de leur parler de la région et de son histoire !

1/ Difficile de commencer une interview sans une courte mais précise biographie, d’autant plus que nos compatriotes francs comtois ne vous connaissent certainement pas, alors quand ? qui ? mais pourquoi ???

 Baptiste : Bon, je vais faire un « copier-coller » éhonté de notre biographie officielle mais comme on nous la demande à chaque fois, ça m’évite de galérer à tout retaper sur le clavier avec mes gros doigts de viticulteur (rires)

« Boisson Divine est le projet musical de deux amis d’enfance, qui se sont rencontrés sur les bancs du collège, dans un petit village rural de la Gascogne Armagnacaise nommé Riscle. Leur style est un mélange un peu improbable de tout ce que les musiciens affectionnent :

Une base Heavy/Power Metal, l’énergie du Punk-Rock, les instruments traditionnels de leur région, la polyphonie pyrénéenne et tout cela, chanté majoritairement en langue Gasconne. Au fil des années, sans rien préméditer, ils réalisent qu’ils ont accumulé assez de compositions pour pouvoir sortir un album. Ils s’attèlent donc à la tâche et en 2013, sort leur premier album « Enradigats », Contre toute attente -et surtout la leur- le succès critique est au rendez-vous et les chroniques élogieuses se multiplient.

C’est alors que les demandes de concerts affluent. Ne pouvant pas se produire en live, par manque de musiciens, le groupe va progressivement remédier à ce problème. En deux ans le duo va devenir sextet. Ils commencent à faire leurs premières armes, en local, dans le milieu Occitanophone -très friand de leur démarche linguistique- sans toutefois jamais jouer devant un public typé Metal. Petit à petit le côté scénique prend de plus en plus d’ampleur dans la vie du groupe.

Leur deuxième album « Volentat » sort début 2016, plus mature et plus recherché, cela marquera un tournant et permettra au groupe d’enfin jouer dans le milieu Metal dans toute la France , en Belgique et au Japon, pour de très jolis festivals (Ragnard Rock, Cernunnos, Sama’Rock, Trolls et légendes, Paris Metal France Festival, Pagan metal horde…).

Jouant sur plusieurs tableaux et armés d’une motivation sans faille, ils sortiront leur troisième opus « La Halha » le 27 mai 2020. Un album encore plus adulte, personnel, avec un large panel d’influences et une richesse musicale encore plus étendue tout en restant fidèle à leurs racines, leur côté accrocheur et entraînant. »

2/ Nous voilà maintenant bien plus au courant, on peut largement se pencher sur ce 3ème album qui sort en ce mois de mai, et au vu du titre, je me pose la question, pourquoi ne pas l’avoir sorti pour le solstice d’été ?

La Halha (prononcé la Haille, avec le H sonore), c’est le grand brasier, feu de solstice, issu d’une tradition multi-séculaire, toujours perpétuée aujourd’hui sous sa forme Chrétienne (Halha de Nadau, Huec de la Sent Joan).

Et bien, nous avions prévu de sortir l’album le 21 décembre 2019 pour le solstice d’hiver car ça aurait eu beaucoup de gueule, mais bon on a pris trop de retard et on a été quelque peu ambitieux en annonçant cette date de sortie. On ne pensait pas le sortir aussi tard au début mais c’est vrai, tu as raison, quitte à être bien à la bourre et branleurs on aurait pu attendre le solstice d’après (rires) Mais bon, les gens ont trepigné assez longtemps, ce suspense insoutenable devait finir et vite !

3/Votre album m’a vraiment poussé à beaucoup fouiller le net pour comprendre chaque morceau, j’en parle beaucoup dans la chronique, mais si tu peux revenir sur quelques titres que j’ai eu plus de mal à comprendre

« Suu camin estelat » : Elle parle des gens de chez nous qui sont partis, nombreux, aux Amériques, pour chercher une vie meilleure, participer à la ruée vers l’or ou tout recommencer à zéro. Elle est inspirée du poème « Enlòc de casa » du béarnais Michel Peyresaubes. Musicalement, c’est bien un banjo que l’on entend au début (pour revenir sur ta chronique), je sais que vous avez toujours le doute, vu les instruments peu communs que l’on utilise mais là c’est bien du banjo 6 cordes que l’on joue sur l’intro et le solo. Un banjo de tricheur selon les puristes du bluegrass, une escroquerie intégrale car un banjo : c’est 4 ou 5 cordes selon le forum « extreme banjo for extreme people »

« la sicolana » : Bon, tout est parti d’une connerie. Une sicoulane, c’est un petit lézard. Quand les chats font des cures de lézards l’été, ils maigrissent beaucoup et on dit qu’ils ont attrapé la sicoulane, comme une maladie. Du coup, on a détourné le terme pour désigner des personnes extrêmement maigres qui n’arrivent jamais à grossir. La chanson parle d’un pèc (un fou, un huluberlu) du village à qui il arrive misère sur misère de par sa condition physique. Bon ce n’est clairement pas le texte le plus intelligent que l’on ait pu proposer mais il faut savoir rester créatif, même dans la connerie (rires).

« un darrèr cop » : C’est une poésie qui parle de fin de cycles. Chacun se fera sa propre interprétation, je ne souhaite pas imposer un sens précis aux gens. Ah que ça fait artiste mystérieux et conceptuel de dire ça. Tout ça pour masquer le fait que j’ai écris n’importe quoi, n’importe comment (rires). Non, je plaisante évidemment, c’est une très jolie balade.

4 /Les autres morceaux sont vraiment ancrés dans l’histoire Gasconne et j’ai pris plaisir à découvrir l’histoire de Bernadotte par exemple que j’avais survolé il y a fort longtemps. Pareil pour le chevalier de Xaintrailles. On découvre une Gascogne guerrière, fière de ses traditions, par moment berceau du monde avec la Dame de Brassempouy (un morceau de votre précédent album). Qui s’occupe des paroles dans le groupe et comment se fait le choix d’aborder tel ou tel histoire ?

Déjà, merci à toi de d’être intéressé à nos paroles et d’avoir creusé. Plus de gens devraient prendre exemple sur toi (rires). Nous sommes plusieurs à écrire les paroles, les thèmes viennent naturellement, nous abordons ceux qui nous plaisent vraiment. Cet album est très axé histoire et mythologie. S’il est vrai que Stille Volk -par exemple- a bien exploité le côté mythologique il est toujours intéressant de se replonger dans ces vieux mythes qui ont bien plus à dire qu’une lecture simple ne pourrait le laisser présager. Chaque mythologie est une déformation de celles qui l’ont précédée, et si l’on remonte le fil on se rend compte par analogie, que ces récits – même s’ils sont adaptés de façon locale – peuvent nous avoir été transmis depuis l’aube de l’humanité, par des civilisations disparues ou très éloignées de nous. Ces mythes qui ont trait aux événements primordiaux d’ordre cosmologique sont en quelque sorte la mémoire de l’humanité et peuvent contenir des interrogations essentielles : qui sommes nous ? d’où venons nous ?pourquoi sommes nous là ?…

Côté historique, c’est un boulevard qui s’offre à nous puisque (quasiment) aucun projet musical contemporain ne traite de l’histoire de la Gascogne. Nous adorons ces thèmes bien entendu mais c’est aussi pour nous l’occasion, au fil des albums, de participer à l’écriture du « roman national Gascon », qui n’existe tout simplement pas. Nous ne nous sentons pas investis d’une mission particulière, mais si nous pouvons redonner la mémoire et les clefs de leur histoire aux Gascons, c’est toujours ça de pris. Il y a beaucoup de travail à effectuer de ce côté là car l’histoire que l’on nous inculque à l’école de la  république est celle de la France et au final ne nous concerne que très peu. De plus elle est souvent fausse, et partisanne.

Personnellement je me souviens que mes notes en histoire au lycée ont commencé à décliner quand je me suis vraiment intéressée à celle-ci (rires). Notre histoire ce n’est pas Hugues Capet, Clovis, les mérovingiens ou les Gaulois. Notre histoire, c’est Bernadotte, Gaston Fébus, les Ducs d’Aquitaine, les Vascons…

Un peuple sans passé et sans mémoire n’a pas d’avenir. Il nous faut nous réapproprier les nôtres. 

5/Malgré le sérieux évoqué plus haut, vous savez aussi décompresser avec des titres plus légers, le premier de l’album en est la preuve même si le vegan que je suis ne s’y retrouve pas trop … mais alors vraiment pas, ne vous inquiétez pas, on se retrouvera facilement sur la boisson par contre, « Quin braguèr » fut d’ailleurs sûrement un clip bien épique à réaliser. Pour ce nouvel album nous n’avons eu que des vidéos avec les paroles, un clip est-il prévu ? sur quel titre ?

Le fait que tu ait pu profiter du premier titre malgré tes convictions montre une belle ouverture d’esprit (rires). Après, ça parle d’élever et de tuer un cochon par an -de manière absolument artisanale-  pour nourrir une famille entière. Voilà qui est bien éloigné des méthodes industrielles que vous avez raison de dénoncer. Mais n’en parlons pas plus.

Oui, le clip de Quin Braguèr à été très épique à réaliser. C’était une soirée pour fêter mon départ pour vinifier quatre mois en Nouvelle Zélande, donc on a tout lâché cette nuit là (rires). C’était facile à faire, ça ne nous a rien coûté et on s’est vraiment bien amusés…enfin, heureusement que les images sont là pour nous le rappeler rires)

Il y aura un clip pour la chanson Libertat, plus sérieux car le troisième album est celui de la maturité, c’est un cliché bien connu mais qui a ses fondements. L’intégralité de l’album sera aussi disponible sur notre chaîne youtube, en version lyric vidéo. Sous titrages en Anglais et Français, sur le modèle de ce que l’on a réalisé jusqu’à maintenant. On accorde un point d’honneur à ces traductions car personnellement j’ai beaucoup appris du Gascon via la musique. C’est un excellent média pour apprendre ou renforcer ses compétences dans une langue.

 

6/les influences sont multiples et c’est toi Baptiste qui l’a évoqué dans une autre interview, contrairement à certaines chroniques que j’ai pu lire parfois, je ne vous vois pas du tout dans les cases qu’on a pu vous attribuer, rien de pagan, de folk et autres trip à la sauce troll. La base de votre musique est belle et bien Rock avec de grosses orientations heavy ! Me trouves tu fou si je trouve que votre style peut se rapprocher de ce que faisait Matmatah à ses débuts ?

Et bien honnêtement, à part le titre « Lambé and dro », je ne connais absolument pas Matmatah. Je ne saurais juger donc de ta folie (rires). Notre musique et un savant mélange entre des groupes comme Iron Maiden, Los de L’Ouzom, Helloween, Nadau, Edguy, Sum 41…sur le papier c’est incohérent mais en écoutant l’album cela devient plus probant. Mélanger des éléments aussi variés sans que se soit indigeste est comparable au travail d’un vinificateur aiguisé ou d’un brasseur aventureux. Mais tout cela coule de source, très naturellement pour nous.

7/Pour vous avoir vu jouer en live au feu Ragnard rock Festival (rends les runes ragnar), il faut avoir de la merde dans les yeux pour ne pas se rendre compte qu’il vous faut peu de temps pour faire rentrer le public dans votre univers, moi le premier, il m’a fallu 2 titres pour bouger et remuer (et pourtant je n’avais pas trop bu), êtes-vous des accros des concerts ? D’ailleurs qu’avez-vous pensé de votre tournée au Japon ? Un petit mot aussi sur le gâchis Ragnard rock.

Et bien c’est vrai que les gens nous font souvent la réflexion suivante après les concerts « on voit vraiment que vous êtes un groupe de scène et que votre musique est taillée pour ça ». C’est très gratifiant car c’est totalement faux (rires). Quand nous avons sorti le premier album nous n’avions jamais joué en concert et nous n’avions même pas pensé à la suite. C’est parce que les organisateurs nous ont fait des propositions et que nous en avions marre de les refuser que nous avons commencé à véritablement faire des concerts sous notre forme actuelle en 2015. On ne connaissait vraiment rien à la scène au début et cela se voyait dans le regard atterré des premiers techniciens sonores qui ont eu le malheur de croiser notre route aux débuts (rires). Mais rapidement, on a trouvé l’alchimie et la sauce à commencé à prendre. Il est vrai que nous ne sommes pas des machines de technique et nos représentations comprennent leur lot de tempos étirables, solos mixolydiens involontaires, jets de baguettes pendant les breaks…mais le gens sont très conciliants avec nous et viennent chercher autre chose qu’une prestation ultra carrée. On leur donne ce que l’on sait faire de mieux : de la spontanéité, une grosse énergie, de la bonne humeur. Nous ne faisons qu’entre 10 et 15 concerts par an mais nous nous choisissons les bons. Le pragmatisme Gascon !

Concernant le Japon, c’était fantastique tu te doutes. C’était la première fois que l’on quittait le territoire national et quelle expérience inoubliable ce fut! Une organisation millimétrée, des gens d’une gentillesse extraordinaire, un public très dévoué. A peine arrivés à Tokyo, on nous offrait des cadeaux et on signait des CD sans avoir joué la moindre note. Lors du concert, des personnes au premier rang chantaient les paroles en Gascon phonétique, ça fait quelque chose, crois moi! A la fin de la première journée on était déjà sur notre petit nuage. Un autre monde quoi.

Le reste a été du même acabit et on a mis du temps à atterrir une fois rentrés de cet improbable périple.

Je te conseille ces deux vidéos qui retranscrivent bien l’ambiance de la tournée.

https://www.youtube.com/watch?v=KDt_L_KdXc8&t=18s https://www.youtube.com/watch?v=QAOnCb9XMw4&t=1042s

Concernant le Ragnard Rock : C’était la première fois qu’on sortait de chez nous, qu’on jouait devant un public Metal, qu’on côtoyait les groupes en haut du pavé, qu’on jouait devant autant de monde…Bref, un sacré dépucelage scénique. En tout et pour tout, on avait du donner moins de dix concerts ensemble. C’était quasiment un coup de bluff. On a foiré deux fois notre introduction (notre sonneur qui n’a pas entamé le bon morceau ahah) et on a blagué en faisant croire au public que c’était des problèmes techniques…ce qu’ils ont tous cru sans sourciller étant donné que la sono avait sauté plusieurs fois la veille. Le concert à été fantastique et après notre prestation fort appréciée, il ne va pas sans dire que le reste du festival fut quelque peu ethylé pour nous, même si dans ce domaine, de sérieux clients venus d’Europe de l’est nous ont donné du fil à retordre. Notre batteur en fera les frais, subissant une PLS acromio-claviculaire.

Mais, cette deuxième édition du festival fut malheureusement la dernière et Ragnard ne rendit jamais les runes…Un total gâchis car le festival était génial et les gens étaient vraiment très attachés à lui malgré les bourdes d’organisation. Cela c’est tristement fini sur une enculerie générale. Les fans l’ont encore en travers, leur déception étant aussi grande que le plaisir qu’ils y avaient pris les années d’avant.

En tous cas nous en avons bien profité, en gardons un excellent souvenir, on a touché notre cachet (rires) et c’est à partir de là que les choses se sont accélérés pour nous.

8/L’album va bientôt sortir chez Brennus, allez vous le défendre en live, même si on est bien d’accord que pour le moment la situation est bloquée ?

Nous n’avions pas prévu beaucoup de concerts pour des raisons professionnelles, car nous avons beaucoup d’échéances importantes personnellement en dehors de la musique cette année. Mais bon là, autant dire qu’on va très probablement faire une année blanche ! On essaiera de se faire une bonne petite année 2021, niveau concert, pour rattraper tout ça !

9/Pour le touriste que je suis, que me conseillerais tu si je viens par chez toi ? j’avoue, je suis venu pas loin mais je suis resté dans le pays basque. En passant, où a été prise la photo de promo ?

Et bien je te conseille de venir chez moi, au « Gîte du domaine Piron » qui va bientôt ré-ouvrir, sur ma propriété viticole à Riscle (32400). Tu seras en bonne position pour aller visiter les vignobles de côtes de Gascogne, Madiran, SaintMont, Armagnac, goûter tous nos excellents produits régionaux et visiter nos vieilles bastides (Termes d’Armagnac, Larresingle…). Les Pyrénées et l’Atlantique sont à une heure et demi à peine. Et surtout tu auras la primeur de voir notre salle de répétition et notre « studio d’enregistrement ». Après niveau nourriture, c’est très riche mais ça va être compliqué de te faire goûter les spécialités, vu ton régime alimentaire. Notre gastronomie est basée sur le canard…mais bon il y a aussi de très bons maraîchers dans le coin ! On peut trouver de quoi faire.

La photo promo a été prise à la croix de Béliou (représentée sur la pochette, tombe de Milharis selon la légende) à la fin de la randonnée menant à celle ci (vous verrez cela dans le clip).

10/Même si nous sommes loin, saches que notre blason comporte lui aussi un lion, un simple hasard ? pour la charcuterie, on est pas mal non plus … et pour l’alcool je n’en parle même pas ! donc je pense qu’il serait bon que vous veniez vous perdre dans nos montagnes ! En tout cas merci de vos réponses et à’t dabàn (j’ai bon ?)

Presque : En Dabàn ! Cela nous ferait très plaisir de venir découvrir votre coin et vos montagnes, même si c’est joué d’avance : ça ne vaudra pas les Pyrénées (rires). On va essayer de caler tout cela ensemble pour l’année prochaine du coup ! Merci à toi pour l’entretien et la chronique et j’espère que l’on pourra rencontrer les lecteurs de Metal Franche Comté en chair et en os l’année prochaine !

Adixatz e dincà las purmèras valents !

Voir la chronique

BOISSON DIVINE – La Halha