Parlons artwork, c’est Daniele Lupidi (bassiste d’Hateful) qui l’a réalisé (comme le précédent album d’ailleurs), est ce lui aussi un grand érudit du mythe de Cthulhu ou est ce toi qui l’oriente sur ce que tu voudrais ?

Fanny : Clairement, il connait ses classiques ! Pour cette pochette, on lui laissé une totale liberté de choix sur la thématique, les couleurs, le design. On lui a envoyé les paroles ainsi que le pré-mix des morceaux et c’est lui qui a décidé sur quoi s’orienter. J’imagine que tu as reconnu de quelle song il s’est inspiré !

Pas mal d’orchestration sur ce CD, qui en est le responsable ? ou la ? Des influences de ce coté là ?

Flo : c’est moi qui m’occupe de ces trucs-là. J’ai toujours adoré la musique de film, de jeu vidéo, etc.

Mes influences principales sont : Poledouris, Vangelis, Silvestri…

Je bosse ça à la maison avec des instruments VST. Je teste des trucs au clavier et puis ensuite je programme par-dessus le projet qu’on a entamé avec Lucien.

Alors donc ça sort chez Dolorem Rec, petit qui devient grand label qui vous fait la total (cd et vinyl), parle nous de votre collaboration qui semble être sur de bonnes bases. Est-ce que l’envie d’aller sur une grosse structure genre Metalblade ou Century ne t’a jamais tenté ?

Fanny : Franchement c’est top de travailler avec Alex de Dolorem. On peut parler de tout, il est ouvert à la discussion sur n’importe quel sujet, et surtout, le plus important à nos yeux, il nous laisse une totale liberté artistique et il nous offre un soutien sans failles. Je pense pouvoir parler au nom de tout le monde pour dire que les grosses structures, c’est pas notre truc… Déjà qu’à la base on ne pensait même pas démarcher de label du tout !

Et sinon, qu’est ce qui tourne en ce moment sur les platines des membres de A.A. ?

Fanny : Je passe une grosse partie de ma vie à écouter du Dark Ambient, donc ce sont les playlist du label CryoChamber qui tournent en boucle et qui contiennent des perles comme Atrium Carceri, Inade ou encore ProtoU J

Lucien : Gorgasm, Cynic, Devin townsend, Nile, the faceless etc

Sur cet album ce n’est pas Raùl qui a posé les parties de batterie (un projet à la même période il me semble), mais est ce lui jouera en live (quand on pourra enfin !!) ?

Fanny : Effectivement, nous avons travaillé sur cet album avec Krzysztof Klingbein, un batteur basé en Pologne, qui a fait du boulot fantastique ! Raùl était occupé au MAI toute l’année et il a fini dans les 5 premiers de sa promo, donc gros respect à lui. On espère un jour reprendre les lives ouais… et le jour où on les reprendra, il est fort possible que vous revoyez El Toro sur scène !

Partons sur 2 questions par trop en rapport avec l’album !

On ne peut pas ne pas parler (on peut ?) de la situation actuelle, entre virus et tentative d’anesthésie générale sur les populations … qu’en penses tu ?

Lucien : Ben ça joue en Suisse, en Belgique, à peu près partout en Europe, sauf en France. Ce qui est dommage, c’est que c’est impossible pour le moment d’aller jouer là-bas, vu que les frontières sont bien resserrées. En gros soit tu joues devant 15 personnes assises serrées comme des sardines, soit t’es pote avec De Villiers…

Et j’aurai bien dit « qu’en aurait pensé Lovecraft ? » mais je t’avoue que j’ai toujours eu du mal avec le personnage (et un peu ses écrits même si comme beaucoup de gosses, j’ai joué aux jeux de rôles). J’ai bien conscience que c’est un auteur d’une période compliquée – les guerres mondiales, la montée des fascismes-  mais son antisémitisme est assez rédhibitoire. Peut on séparer l’homme de l’œuvre (ça fait très Polansky ça) ?

Fanny : Je pense que c’est un produit de son époque, comme pas mal d’autres… Je doute fort qu’il aurait eu ce genre d’idées s’il était né il y a 30 ans. Après, je ne voue pas une amitié particulière à l’auteur lui-même, pour ma part ce qui m’intéresse c’est uniquement la profondeur et la variété de l’univers qu’il a créé. Question difficile que de savoir si on peut séparer l’homme de l’œuvre… Je pense qu’à partir d’un certain moment l’œuvre se détache de son créateur et devient une entité propre, une espèce de truc qui appartient à l’inconscient collectif et qu’on peut justement récupérer et modeler comme on le veut et qui n’a plus forcément grand-chose à voir avec son auteur. C’est comme ça que je vois l’immensité de la thématique du mythe. (Ouais donc du coup, la réponse serait oui dans ce cas précis)

Florent : Je suis un gros fan de la musique de RATM. Est-ce que je suis communiste, staliniste, etc. ? Non. Peut-être que ça ne leur plairait pas, mais à partir du moment où tu vends tes disques, tu acceptes de ne pas avoir le contrôle sur l’humanité. Sinon, ben tu vas jusqu’au bout et tu ne le fais pas. HPL a tenu des propos antisémites et racisants, voire racistes, personne ne peut le nier. Et pour répondre à la question, bien sûr qu’on sépare l’homme de l’œuvre. Sinon, cela aurait été ta première question et on en serait peut-être restés là… Pour moi, on pense ce qu’on veut, on dit ce qu’on veut, mais on ne fait pas ce qu’on veut. Tant que tu n’agis pas, ne force pas, et ne fais pas chier les autres, ou que tu ne vas pas dans une direction par laquelle tu pourrais le faire, ton opinion seule ne me fait aucun mal. Je n’y adhère pas, mais je la laisse de côté. Sinon, je n’aurais aucun ami, aucun dialogue avec qui que ce soit, si l’on s’en tenait juste à ça. HPL avait un avis d’ignare sur les autres humains qu’il a pu croiser parce qu’il reniait jusqu’à l’espèce humaine elle-même. Deux trois trucs dans sa bio expliqueraient pourquoi…Mais effectivement : idéologiquement et socialement il était clairement inapte, et débile au sens clinique. Ce mec était apparemment enfermé chez lui le plus clair du temps. Ceci étant dit, il n’a jamais fait campagne, ni asservi qui que ce soit, ni pendu qui que ce soit, à notre connaissance. Il n’a certainement jamais financé quoi que ce soit non plus, compte tenu de la pauvreté dans laquelle il vivait. Du coup, ben ça ne touche finalement personne d’autre que lui-même dans sa dignité. Donc il pouvait bien penser ce qu’il veut, je m’en cogne. J’y trouverais un problème qu’on glorifie et qu’on surenchérisse aujourd’hui sur ce qu’il a pu dire, ou même qu’on se serve de lui comme image d’une quelconque suprématie (non, en fait si c’est celle des Grands Anciens et des horreurs cosmique, je suis OK). Si je pouvais retourner dans le passé et aller changer sa façon de penser, je n’en ferais rien ! Qui serais-je pour faire ça… ?

Voilà je te laisse le mot de la fin !!

Fanny : Déjà, merci beaucoup à toi pour ces questions et merci pour ton soutien !! Pour continuer dans les mercis, on voudrait remercier encore une fois tous les gens qui ont contribué de près ou de loin à cet album (la liste est dans le livret hahaha) ainsi que tous ceux qui prennent le temps d’écouter notre musique, la partager et l’apprécier. Continuez à faire vivre les groupes locaux !!