Samedi 30 mai, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Sandra (HØLLS) quelques heures avant leur concert à Pontarlier. Nous avions déjà papoté avec elle et d’autres groupes en février 2025, souvenez-vous.
Salut Sandra, merci de répondre à cette interview pour Metal In Franche Comté. Comment vas-tu pour commencer ?
Sandra : Je vais très bien, il fait beau. On est à Pontarlier, donc un peu à la maison. Ça fait très plaisir d’être là et de revoir cette ville. On espère que tous les copains viendront ce soir.
Ça aurait été avec plaisir mais je ne peux pas venir ce soir (rires). Peux-tu te présenter ?
Sandra : (Rires) Je m’appelle Sandra, mon petit nom de scène c’est Without Blood. Je suis, on va dire, chanteuse, performeuse (rires).
Artiste.
Sandra : Artiste peintre, dans le groupe HØLLS. J’ai 38 ans, j’ai un petit bout de chou de 11 ans, enfin un grand bout de chou et j’habite dans la Vallée de la Loue.

Quelles sont tes principales influences et pourquoi t’es-tu mise à chanter ?
Sandra : Sans grande surprise Julie Christmas, j’écoute beaucoup Frail, Black Bile, Björk, Cinder Well, A Perfect Circle. Récemment j’ai découvert Faetooth que j’adore, il y a Sylosis aussi. C’est assez éclectique dans l’ensemble. J’ai une petite prédilection du côté du doom et des voix féminines mais pas que. Pour la deuxième partie de la question je vais te raconter une anecdote qui est très cool et jamais dévoilée !
Incroyable, une avant-première !
Sandra : Ça remonte à l’époque lorsque je faisais du roller derby il y a environ 10 ans avec l’équipe des Molly Hatchet de Pontarlier que je salue au passage. Lors d’un voyage pour jouer en Espagne à Murcia on est parti avec nos conjoints respectifs qui faisaient tous de la musique. Lors d’une soirée un petit peu arrosée je me suis mise à chanter du System Of A Down et c’est tombé dans l’oreille de quelques musiciens qui m’ont proposé d’aller faire un petit bœuf avec eux dans leur groupe, les Papertank, coucou à eux ! J’ai pu prendre le micro et c’était trop bien, j’ai vraiment kiffé. J’ai toujours chanté de manière générale mais ça a « légitimé » la chose. Ça m’a mis un petit coup de pied au cul pour y aller pour de vrai. Je tâtonnais un peu, ado je chantais mais rien de sérieux. C’est eux qui m’ont donné cet élan, la force de commencer. J’ai eu plein de petits groupes plutôt dans des garages, on se cherchait, on faisait des reprises. Je peux encore parler ?
Oui oui, bien sûr !
Sandra : Je raconte ma vie (rires). J’ai eu un groupe avec lequel je répétais au Bastion. On avait un album, c’était bien ficelé, un nom, une DA et finalement ça n’a pas vu le jour.

C’est très bien on sait comment tu as commencé. HØLLS est ton premier projet sérieux. L’album est sorti il y a un an et demi et vous donnez de nombreuses dates depuis. Vous attendiez-vous à de tels résultats aussi bien de la part des spectateurs que des médias ?
Sandra : Je crois qu’on ne s’attend jamais à comment notre musique va être perçue et comment les gens vont la recevoir. On est super content qu’on nous fasse confiance pour jouer dans des salles, des festivals. Cet été on va jouer au MordorFest, l’affiche est dingue. On a pu jouer en première partie de Sylvaine. On a eu plein d’expériences positives qui laissent à penser que ça prend. On a conscience que le post metal est un style de niche et que le public est moins important que pour la musique mainstream. Les gens sont contents et intéressées. On bosse un peu comme des fous aussi. On investit beaucoup de notre personne, de notre temps, de notre énergie, de notre argent dans ce projet. On a tous envie d’avancer dans la même direction, on a les même objectifs, tant mieux si ça marche. Dans tous les cas que ça fonctionne ou non on a toujours envie de jouer, répéter, créer.
Le second album est-il dans les rails ? Si oui, où en êtes-vous ?
Sandra : On compose tranquillement oui. Je dis ça parce que c’est un peu comme la cuisine, on en est aux ingrédients.
Aux courses.
Sandra : On fait les courses (rires), On est en train de prendre les ingrédients, de les assembler, les défaire. On fait des tests actuellement. On aimerait bien prendre le temps de s’imprégner de ce second album, le tout sans stress car nous avons toujours le premier à défendre. Mais c’est bien de faire du nouveau !

En avril vous avez donné 7 dates, peux-tu revenir dessus ?
Sandra : C’était l’épreuve de l’année pour moi . Comme tu le sais concernant le chant il faut une hygiène de vie irréprochable, bien manger, bien dormir et tout et tout. Enchaîner plusieurs dates, notamment pour la tournée dans l’ouest, c’est loin d’être évident.. On a beaucoup reçu, on nous a bien accueilli, on a découvert d’autres groupes. C’était hyper riche mais très éprouvant.
Oui je pense, entre la route et les concerts qui s’enchaînent.
Sandra : C’est ça et on a tous des jobs. Ce n’est pas notre travail. Mike et moi on a un enfant aussi, pas ensemble hein (rires), chacun de notre côté et il faut gérer. Allier tout ça est complexe niveau santé mentale, heureusement que j’ai ma psy. Camille, je te fais un gros big up !

On la salue si elle passe par ici. Quelle est ta routine pour t’entraîner ?
Sandra : Je m’entraîne beaucoup en étirements corporels. Sur scène je suis assez active, faut que je sois souple en fait. Sinon faire des échauffements classiques de chant.
Tu fais ça un peu tous les jours ?
Sandra : Régulièrement. Je prends aussi des cours de chant pour, au moins, maintenir le niveau et essayer de le développer. Je ne veux ni rester sur mes acquis, ni me faire mal.
On a vu que tu apparaissais sur le nouvel album d’Askemåne et que tu as enregistré un titre avec Tallulah. Comment se sont passées ces deux collaborations ?
Sandra : C’était très riche. Ce sont deux types de styles complètement différents, des histoires différentes, des paroles différentes, des langues différentes même (rires). Il faut être couteau Suisse dans cette affaire ! Tu mutualises les compétences de chacun, tu fais quelque chose de fou qui te fait sortir de ta zone de confort. C’est l’aventure, c’est toujours bien et on aime ça.
Ferez-vous appel à des invité(e)s pour votre prochain disque ?
Sandra : On ne sait pas encore, on peut l’envisager. Ça sera la cerise sur le gâteau, quand on aura fini de cuisiner (rires).
Vivement la recette sur Marmiton. Quel(s) conseil(s) tu pourrais donner à une personne souhaitant démarrer le chant ?
Sandra : De doser, de se lancer. Ce sont souvent les rencontres qui te mettent le pied à l’étrier et te poussent à franchir le cap, à dépasser tes peurs. Ne pas attendre la légitimité pour y aller. On travaille et on s’améliore avec le temps, ou pas. On n’a qu’une vie qui est toute petite. Faut y aller ! Et ne pas se laisser influencer par des personnes qui voudraient déjà être dans la perfection. Quand on commence on est imparfait et même quand on est très bon c’est encore le cas. Faut se lâcher la grappe et y aller.
Lâchez-vous la grappe !
Sandra : Une espèce de champ lexical culinaire incroyable (rires).

Même si le but n’est pas de stigmatiser, bien au contraire, es-tu sensible au mouvement « More Women On Stage » ?
Sandra : Oui évidemment. C’est un mouvement qui soutient les femmes dans le milieu musical et culturel. Qu’elles soient artistes ou techniciennes dans l’univers du spectacle. Je suis, donc, sensible à ça. Ce n’est pas toujours évident d’être une gonzesse au milieu. Il faut faire sa place, être « légitime ». On essaye de s’affirmer et se faire entendre. Lorsqu’il y a des mouvements comme ça de soutien, on les représente. More Women On Stage organise un festival, cette asso est très active dans le soutien des projets artistiques féminins. Je n’ai pas de lien spécifique avec mais je suis touchée par ça.
Traditionnelle question, tes dernières claques en live et en albums ?
Sandra : Ce que je peux d’ailleurs conseiller aux gens qui veulent se lancer dans la musique c’est de se déplacer, voir des gens chanter. Et pas que dans son style de prédilection, il faut tout voir, analyser, regarder comment ça se passe. La dernière claque que j’ai prise c’était hier soir. Je suis allée voir Under Old Trees au bar de l’U à Besançon et c’était trop bien. Ça faisait deux ans qu’ils n’avaient pas joué. Ils avaient des nouveaux morceaux que j’ai poncé et j’étais très heureuse de les voir en live, c’était beau. Et à une échelle un peu plus nationale voire mondiale, les Witch Fever avec qui on a joué à Belfort à la Poudrière récemment. C’était leur dernière date de tournée, elles venaient d’en enchaîner une trentaine, incroyable ! J’ai vu, également, Faetooth à Lyon en début d’année, c’était une grosse claque ! J’ai cité deux groupes c’est que des femmes dedans, il y a un lien avec la précédente question.
Et en album ?
Sandra : En ce moment je sais pas si c’est le dernier album mais j’écoute à fond Latitudes, l’album Agonist. C’est tellement bien, merveilleux, beaucoup de changements, un peu post rock, post metal. Les morceaux sont hyper longs, les rythmiques sont folles, j’adore !.
Merci d’avoir répondu à cette interview, bon concert !
Sandra : Merci à toi monsieur Roy.
