[Chronique] Horizon Waves - NOVAE
Nom du groupe : Horizon Waves
Style : Modern metal
Label : /
Album : NOVAE
Date : 25 septembre 2026
Pays : France
Il y a quelque chose de particulier à voir un groupe évoluer sur une scène que l’on connaît bien. Depuis ses débuts, Horizon Waves a progressivement trouvé sa place dans le paysage metal franc-comtois, au fil des concerts, des rencontres et des sorties. Pour celles et ceux qui suivent la scène régionale, le groupe n’est désormais plus une découverte : c’est une formation que l’on a vue grandir et dont chaque nouvelle étape témoigne d’une ambition plus affirmée.
Après Freedom of Mind puis Asymptot, Horizon Waves revient avec NOVAE, un nouvel EP de cinq titres. Et pour cette nouvelle étape, le groupe nous emmène un peu plus loin que les scènes de Franche-Comté : direction l’espace.
Mais ici, l’univers cosmique sert surtout de terrain de jeu pour parler de choses beaucoup plus humaines. Les étoiles, le vide, les orbites et l’éloignement deviennent des métaphores pour évoquer nos expériences, nos doutes, nos blessures et les changements qui nous construisent.
Musicalement, Horizon Waves reste fidèle à ce qu’il construit depuis quelques années : un metal moderne qui cherche autant l’efficacité que les mélodies et les ambiances. L’alternance entre les voix d’Émilie et d’Asuf permet également au groupe de jouer sur différents registres.
Cinq titres, cinq étapes et une même trajectoire. Il est temps de monter à bord.
Avant même que le premier morceau ne démarre réellement, le groupe prend le temps de nous faire quitter la Terre. Une bonne minute d’introduction, avec des guitares cristallines noyées dans la reverb, quelques notes de chant d’Émilie et les murmures d’Asuf qui viennent se perdre dans l’espace.
Tout est fait pour installer cette sensation de flottement et nous faire entrer progressivement dans l’univers de NOVAE. Pas de grosse entrée en matière : le groupe préfère nous laisser dériver quelques instants avant d’allumer les moteurs.
Et les moteurs finissent par démarrer avec Stardust.
Le morceau joue sur les contrastes entre metal moderne direct et passages plus aériens. Les deux voix se relaient et se répondent, renforçant cette impression de mouvement entre puissance et suspension.
Le texte s’intéresse à notre origine, aux atomes, aux étoiles et à cette matière dont nous sommes constitués. Nous ne sommes finalement qu’une poussière d’étoiles parmi des milliards d’autres, avec une existence forcément temporaire. Mais le morceau ne présente pas cette idée comme quelque chose de pessimiste : nous sommes là, nous brillons pendant un instant, puis nous disparaissons.
Et puis il y a ce refrain.
Clairement pensé pour être repris par une salle entière.
Allez hop, on apprend les paroles là !
C’est typiquement le genre de refrain qui devrait prendre une autre dimension en concert. Une première étape plutôt réussie pour lancer le voyage.
On connaît déjà un peu mieux In The Void, puisque le morceau nous avait été dévoilé il y a maintenant un an, accompagné de son clip.
Après la mise en orbite de Stardust, on entre ici dans un autre type de vide. Celui-ci n’est plus cosmique, mais beaucoup plus intime.
Le morceau décrit une période où les repères disparaissent progressivement. La confiance s’effondre et chaque pas semble résonner dans un espace où il devient difficile de trouver une direction.
Musicalement, le titre est pourtant beaucoup plus énergique que son propos. In The Void avance avec efficacité et maintient une tension permanente, avant de laisser progressivement apparaître une lumière.
Le vide n’est finalement qu’une étape, et il reste possible d’en sortir. On passe ainsi du désespoir à une forme d’espoir, avec cette volonté de retrouver la lumière et de recommencer à avancer.
Et c’est là que NOVAE commence à montrer sa cohérence : l’espace sert à illustrer des situations finalement très concrètes. Après avoir regardé l’univers dans son ensemble, on se retrouve enfermé dans notre propre vide intérieur.
Changement de rythme avec Equinox, qui se montre beaucoup plus calme.
C’est probablement le morceau qui m’a le plus surpris par son accessibilité. On retrouve une approche qui peut rappeler, par certains aspects, Spiritbox, notamment dans cette manière de mélanger metal moderne, mélodie et atmosphère. Il y a également un côté qui peut évoquer Killswitch Engage ou certains morceaux de Polaris dans l’efficacité des parties mélodiques ainsi que le « riffing » de Steph.
Et ce mélange fonctionne plutôt bien.
Même avec une instrumentale et un chant clairement ancrés dans le metal, Equinox possède quelque chose de particulièrement accessible. C’est probablement le morceau que je pourrais le plus facilement faire écouter à quelqu’un qui n’est pas spécialement amateur de metal.
Bon, Asuf est évidemment là pour nous rappeler que nous écoutons bien du metal, avec quelques passages qui donnent gentiment l’impression d’assister au frottement de deux dalles de béton.
Personnellement, je ne vais certainement pas m’en plaindre.
Le morceau colle surtout très bien à son thème. L’équinoxe symbolise l’équilibre entre le jour et la nuit, et les paroles s’intéressent justement à ces moments lumineux qui finissent forcément par disparaître.
La scène, le public, l’énergie d’un concert : ces quelques minutes où tout semble suspendu. Puis les lumières s’éteignent, la salle se vide et chacun repart de son côté.
Equinox joue ainsi sur l’opposition entre lumière et obscurité, présence et absence, bonheur et solitude.
La nuit reviendra. Et la lumière aussi.
Avec Aphelion, changement d’ambiance.
L’instrumental devient plus martial et découpé, tandis que les envolées lyriques d’Émilie apportent une nouvelle fois une dimension plus aérienne.
Le titre fait référence à l’aphélie, le point d’une orbite où un corps céleste se trouve le plus éloigné du Soleil. Une nouvelle fois, Horizon Waves transforme donc un phénomène astronomique en métaphore personnelle.
Ici, l’éloignement est avant tout émotionnel.
Le narrateur cherche à garder une certaine distance avec ce qu’il ressent. Il porte depuis longtemps un poids qu’il prétend pouvoir supporter et continue d’avancer sans forcément montrer ce qui se passe derrière cette façade.
Mais les blessures sont toujours là. La peur aussi.
Aphelion remet ainsi en question cette volonté de toujours rester solide. Accepter ses blessures, ne plus chercher à constamment briller pour les autres et accepter de tomber deviennent les premières étapes pour pouvoir se relever.
Après le vide de In The Void et l’équilibre fragile de Equinox, NOVAE pousse donc son introspection un peu plus loin : il ne s’agit plus seulement de sortir d’une mauvaise période, mais de comprendre et d’accepter ce qui nous a conduits jusque-là.
Dernière étape du voyage avec Weightless.
Le morceau apporte encore une nouvelle couleur à l’EP, notamment grâce à une partie instrumentale aux accents légèrement orientaux. Une texture différente qui permet de terminer NOVAE sans simplement reprendre les recettes précédentes.
L’histoire nous présente une femme errant dans les ruines d’un temple, entourée de poussière, de vitraux brisés et des traces des conflits passés. L’image est celle d’un monde profondément abîmé.
Mais une nouvelle fois, Horizon Waves ne choisit pas de terminer son histoire sur la destruction.
Le personnage se retrouve d’abord entre ciel et terre, comme incapable de choisir quelle direction prendre. Puis elle finit progressivement par se détacher de ce qui l’entoure et poursuit son chemin vers un nouvel horizon.
Le temple devient alors une image de reconstruction : ce qui a été détruit peut aussi être reconstruit.
Et c’est finalement là que Weightless trouve sa place dans l’ensemble de NOVAE.
Après avoir parlé de notre origine, de notre insignifiance, du vide, de la perte de repères et de nos blessures, il reste une possibilité : continuer.
Pas forcément avec toutes les réponses. Pas forcément en ayant tout réglé.
Mais en acceptant de repartir.
Ce qui ressort finalement de NOVAE, c’est moins une succession de cinq morceaux qu’une véritable trajectoire.
Stardust nous place face à l’immensité de l’univers et à la brièveté de notre existence. In The Void transforme ensuite cette immensité en un vide intérieur beaucoup plus personnel. Equinox rappelle que lumière et obscurité sont indissociables. Aphelion pousse l’introspection jusqu’à l’acceptation de ses propres blessures, avant que Weightless n’ouvre finalement la porte vers la reconstruction.
Le choix de l’espace fonctionne donc particulièrement bien. Les étoiles, les orbites, le vide, l’éloignement ou l’apesanteur ne sont jamais simplement là pour donner une esthétique au projet. Ils servent à mettre en scène des expériences finalement très humaines.
Musicalement, Horizon Waves accompagne bien cette progression. Le groupe sait alterner passages directs et moments atmosphériques, jouer sur les deux voix et proposer suffisamment de contrastes pour que les cinq morceaux aient chacun leur personnalité.
Surtout, NOVAE confirme l’évolution d’un groupe que l’on a vu grandir sur notre scène. Horizon Waves semble aujourd’hui avoir trouvé un équilibre entre efficacité metal, mélodie et recherche d’ambiance, tout en conservant suffisamment de personnalité pour ne pas donner l’impression de simplement appliquer une recette.
Et puis il y a cette idée qui reste après les cinq titres : nous sommes tous de passage.
De la poussière d’étoiles à l’apesanteur, Horizon Waves nous fait traverser quelques kilomètres de cosmos pour finalement nous ramener à quelque chose de beaucoup plus proche.
Nous.
Et maintenant, il ne reste plus qu’à voir jusqu’où cette trajectoire va les emmener.